Puis-je m’asseoir à côté de vous ?

Plus en détail…

Les événements se produisent dans une petite ville de province dont le lecteur ne connaîtra pas le nom. Parfois les trains qui la desservent sont bloqués par un éboulement de la montagne et les voyageurs sont contraints de rester sur place. Ils trouvent alors refuge à l’Hôtel des Voyageurs, tenu par Mme Duval, fine mouche à l’imagination fertile. Anna et Antoine font partie d’une fournée de voyageurs en détresse. Entre eux existe une inclination qui n’échappe pas à l’attention de la logeuse. Antoine invite Anna à dîner, mais c’est une invitation d’un autre genre que Mme Duval croit deviner. Il y a cependant loin de la coupe aux lèvres et le combat qu’elle suppose livré entre les deux naufragés n’a rien à envier à l’art de la guerre. Une guerre à fleuret moucheté cependant, dont le but n’est autre qu’un consentement. De ce qui se passe dans l’intimité, Mme Duval n’en saura rien et le lecteur non plus. Que les alcôves gardent leurs secrets, comme dit Amarante qui la seconde dans les périodes d’activité. Mais n’a-t-elle pas saisi l’essentiel de ce qu’il y avait à comprendre ?

L’avis d’une lectrice

Séduire c’est fragiliser, c’est défaillir. En latin seducere, « amener à part, à l’écart ». Ce roman interroge sur la séduction entre un homme et une femme, le désir, la possession. Il cherche à situer la fragile limite entre manipulation et consentement. Mais, parmi les quelques personnages de ce huis clos, sait-on jamais qui est le manipulateur, le ravisseur, le conquérant ?
Roland Goeller tresse son histoire tout en subtilité. Il nous happe dès les premières pages. On se demande qui est vraiment la narratrice. Et qui est ce « lui », dont elle évoque inlassablement le souvenir. N’existe-t-il que dans son fantasme, dans son rêve ?
L’auteur nous emmène ainsi à l’écart, entre rêve et réalité jusqu’au dénouement plein de mystère qui nous force à réinterpréter toute l’histoire.
J’ai aimé la construction de ce récit en forme de monologue intérieur, qui évoque, derrière une rencontre peut-être irréelle, l’ombre d’une autre rencontre, peut-être plus irréelle encore. En ce sens, l’Hôtel des Voyageurs, où se déroule cette histoire, paraît peuplé de fantômes…
Bercé par une langue magnifique, le lecteur y retrouvera le sens de ces mots de Sylvie Germain : « Tous les personnages sont des dormeurs clandestins nourris de nos rêves et de nos pensées… »

Ce livre, c’est certain, ne laissera personne indifférent.

Le projet du livre

Nul événement dans ce roman hormis un éboulement qui empêche un train de poursuivre sa route et met un hôtel de province en émoi. Et pourtant que de coups de théâtre et de faux-fuyants entre Antoine et Anna qui trouvent refuge à l’hôtel et cherchent peut-être autre chose qu’à dîner ensemble ! Cependant, les événements se produisent dans le secret des âmes bien plus que dans les alcôves et ce sont eux dont Mme Duval, logeuse et narratrice, cherche à dérouler le récit.

L’expérience du corps de l’autre reste la plus troublante qui soit et je confie à une narratrice un brin espiègle, un brin fantasque, le soin de mettre des mots sur ce que les attitudes et les regards signifient sans le dire. Le roman, non situé dans le temps, intervient cependant à une époque où la grammaire et les formes reculent. Par le choix d’une histoire qui raconte une histoire, je cherche à récuser l’hégémonie de l’image et à restaurer la puissance du récit, seul capable de saisir les multiples détours qu’empruntent les âmes. L’essentiel des événements se produit hors champ, hors caméra.

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